Quels actes esthétiques sont considérés comme invasifs ?
Les actes esthétiques invasifs regroupent toutes les interventions qui traversent la barrière de la peau ou des muqueuses (bouche, nez, vagin, ...), ou qui consistent à introduire un produit, un dispositif ou un instrument dans l’organisme. Ils peuvent également viser à modifier la structure du visage ou du corps, même de manière minime. Parce qu’ils impliquent une atteinte directe aux tissus et aux fonctions biologiques, ces gestes ne sont jamais anodins.
C’est pourquoi la loi impose que ces actes soient exclusivement réalisés par un professionnel de santé (médecins, chirurgiens esthétiques, dermatologues, chirurgiens-dentistes. Leur expertise médicale, leurs connaissances en anatomie et en gestion des complications, ainsi que leur accès à un environnement adapté permettent de garantir la sécurité des patients et réduire les risques pour votre santé.
Pour information, les infirmiers diplômés d’État ne sont pas autorisés à réaliser des injections à visée esthétique, quels que soient les produits utilisés. En revanche, ils peuvent pratiquer l’épilation définitive au laser ou à la lumière pulsée, sous réserve d’avoir suivi la formation obligatoire. Pour certains autres actes esthétiques plus techniques, leur intervention n’est possible que sous la supervision effective d’un médecin, présent et en mesure d’intervenir immédiatement en cas de besoin.
Parmi les pratiques esthétiques considérées comme invasives et devant donc être réalisées exclusivement par un professionnel de santé, on retrouve notamment :
- Tout acte impliquant une perforation de la peau, y compris par des aiguilles fines mais également stylos compresseurs ou autres dispositifs décrits comme « sans aiguille » ou impliquant une action chimique
- Injection de toxine botulique (botox) ou d’acide hyaluronique au niveau des lèvres, des sillons, du visage (Russian lips, Skinboosters, etc.)
- Injection de graisse (lipofilling) au niveau des fesses (Brazilian butt lift, etc.)
- Microneedling, needleshaping
- Injection de vitamines ou cocktails revitalisants (soins de mésothérapie) avec le Mésolift, Skinbooster, etc.
- Fils tenseurs (lifting coréen, etc.)
- Liposuccion
- Lifting par arcs électriques (Plasma pen)
- Scarification, techniques de modification corporelle
- Peelings moyens ou profonds
- Les actes de blanchiment dentaire dès lors que le produit utilisé contient plus de 0,1% de peroxyde d’hydrogène. Dans ce cas, ils doivent être réalisés par un chirurgien-dentiste.
- Les actes avec laser ou appareil à ultrasons, à ondes électromagnétiques (détatouage, rajeunissement, épilation, lipocavitation, radiofréquence, etc.)
Attention : cette liste n'est pas exhaustive car les pratiques évoluent rapidement. Dans tous les cas, ces actes ne peuvent être réalisés que par des professionnels disposant des qualifications médicales réglementaires.
Le cas de l'épilation définitive (par laser et/ou épilation par lumière pulsée)
L’épilation dite « durable » au laser ou à la lumière pulsée intense (IPL) utilise des technologies agissant en profondeur dans la peau. Mal réalisées, ces techniques peuvent entraîner des brûlures, des troubles de la pigmentation ou des cicatrices.
En France, ces actes à visée esthétique (non thérapeutique) sont strictement encadrés. Ils peuvent être pratiqués par des médecins, mais aussi par des infirmiers diplômés d’État et des professionnels de l’esthétique, à condition d’avoir suivi une formation spécifique obligatoire.
À compter du 1er septembre 2026, cette obligation de formation deviendra pleinement applicable à l’ensemble des professionnels concernés, conformément à l’arrêté du 19 février 2025, afin de renforcer la sécurité des personnes ayant recours à ces actes.
Avant de vous engager, il est important de vérifier que le professionnel est bien formé, habilité et exerce dans un cadre conforme, car la maîtrise de ces techniques est essentielle pour limiter les risques pour votre santé.
Pourquoi ces actes esthétiques sont-ils interdits chez les non-médecins ?
Parce que les risques sont réels et parfois graves, même lorsque certaines prestations sont présentées comme « simples », « naturelles » ou « sans douleur », il est essentiel d’être vigilant. De nombreuses complications sont liées à l’usage de produits non conformes, souvent achetés sur Internet ou importés illégalement depuis l’étranger. Ces substances ne sont pas contrôlées, peuvent contenir des composants dangereux ou interdits, et ne répondent pas aux normes sanitaires françaises et européennes. Par ailleurs, une réelle connaissance de l’anatomie, parfois complexe, des zones traitées (tissu, vaisseaux, nerfs) est nécessaire pour réaliser ces actes.
Les principaux dangers :
- Infections : abcès, nécroses, septicémies mais également transmissions de virus responsables d’hépatite B, C ou encore HIV, le matériel utilisé, les canules étant le plus souvent au mieux nettoyées mais pas stérilisées.
- Réactions allergiques sévères : œdèmes, choc anaphylactique
- Complications esthétiques : asymétries, défiguration, pigmentation persistante
- Injection dans un vaisseau : pouvant mener à une perte de vision ou nécrose
- Brûlures (laser, plasma pen, radiofréquence)
- Diffusion d’un produit dans les tissus : granulomes, inflammation chronique
- Lésions d’un nerf avec des risques de lésions nerveuses irréversibles, d’un vaisseau voire d’une artère, notamment lors de certaines pratiques, avec un risque d’hématome ou d’hémorragie pouvant être fatal.
Au-delà des atteintes physiques, ces situations peuvent avoir un impact psychologique majeur, provoquant un profond mal-être, une perte de confiance en soi ou des difficultés sociales durables. Les victimes se retrouvent parfois engagées dans un long parcours de soins, de réparation ou de reconstruction, parfois sans certitude de retrouver leur apparence ou leur santé d’origine.
Comment reconnaître une situation à risque avec les soins esthétiques ?
Voici plusieurs signaux d’alerte qui doivent vous mettre en garde en cas de soins esthétiques invasifs illégaux.
Le profil du prestataire
Le prestataire qui réalise ces soins :
- N’exerce pas en cabinet médical avec une plaque précisant son titre et ses qualifications
- Ne peut pas vous montrer des diplômes reconnus ni une assurance professionnelle adaptée ;
- Exerce à domicile, en appartement, en hôtel ou en « salon privé ».
Le cadre dans lequel se déroule le soin esthétique
Généralement, ces soins esthétiques illégaux se déroulent dans des conditions particulières.
- Absence d’hygiène visible (gants, désinfection, matériel à usage unique, champ stérile lors de l’acte),
- Absence de fiche de consentement ou la réalisation d'un questionnaire médical (questions sur vos potentielles allergies, réalisation d’opérations etc.) ;
- Produits non identifiés, flacons ouverts, absence de traçabilité ;
- Prix anormalement bas ou promotions agressives sur les réseaux sociaux.
La communication et pratiques commerciales autour de ces soins esthétiques illégaux :
- Promesses irréalistes (« zéro risque », « immédiat et garanti ») ;
- Utilisation abusive du terme « médical » pour se donner une légitimité ;
- Photos avant/après potentiellement retouchées ;
Attention aux réseaux sociaux !
La plupart des personnes proposant illégalement des actes esthétiques invasifs se font connaître sur les réseaux sociaux, avec des offres attractives et des résultats mis en avant de manière trompeuse.
Le phénomène augmente fortement, en particulier sur Instagram, TikTok et Snapchat. Une forte présence en ligne ne garantit ni la compétence, ni la légalité du praticien.
Comment se protéger avant de réaliser un acte esthétique ?
Découvrez les bons réflexes à avoir pour vous protéger d’un soin esthétique pouvant vous mettre en danger.
Vérifiez l’habilitation du praticien
Un acte esthétique invasif, c'est réalisé par un médecin obligatoirement (dermatologue, chirurgien esthétique, médecin esthétique).
- Vous pouvez vérifier le numéro RPPS (identifiant du professionnel) sur les registres officiels. Seuls les professionnels figurant dans cet annuaire peuvent réaliser ces soins et ils sont tenus d’afficher ce numéro sur leur site, facture, devis.
Exigez :
- Un entretien préalable,
- Une information loyale et complète,
- La remise d’une fiche explicative sur le déroulement de l’acte et ses effets secondaires, complications possibles,
- La remise d’un devis signé, la possibilité d’un remps de réflexion.
Si le prestataire n’est pas en mesure de répondre à vos questions ou de vous apporter des garanties sur son travail. Ne donnez pas suite et ne faites pas réaliser ce soin esthétique.
Que faire en cas de réaction, d’infection ou de complication après un soin esthétique ?
Si vous développez des symptômes après un acte esthétique ou si vous pensez avoir été exposé à une pratique dangereuse, il est important de réagir rapidement pour protéger votre santé et permettre aux autorités d’intervenir si nécessaire.
Consulter un professionnel de santé
En cas de réaction après un acte esthétique — qu’il s’agisse d’une douleur importante, de fièvre, d’un gonflement inhabituel, de signes de nécrose ou simplement d’une complication qui vous inquiète — il est essentiel de consulter rapidement un professionnel de santé. Si les symptômes sont graves, appelez immédiatement le 15 ; si la situation est moins urgente, tournez-vous sans délai vers votre médecin traitant, un dermatologue ou un chirurgien plasticien pour obtenir une prise en charge adaptée.
Signaler une pratique non conventionnelle ou illégale à l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes
Si vous avez été victime d’un acte esthétique réalisé par une personne non habilitée, ou si vous souhaitez signaler une installation ou une pratique dangereuse, vous pouvez déposer une réclamation auprès de l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes.
Pour permettre ensuite à l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes d'intervenir auprès des professionnels concernés, il est important de fournir lors de votre réclamation :
- le nom de l'institut et/ou de la personne qui a pratiqué ces soins,
- l'adresse postale de l'institut ou de la professionnelle chez qui vous êtes allé(e).
Vous avez également la possibilité de déposer une plainte auprès des services de police ou de gendarmerie si vous vous estimez victime d'un préjudice.



