PFAS : focus sur la situation au sud de Lyon

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Consultez les informations sur la situation relative aux PFAS au sud de Lyon.

Un document permet, en 10 questions, de comprendre la problématique des PFAS et la situation au Sud de Lyon.

La plate-forme industrielle de Pierre-Bénite est constituée du site Arkema classé Seveso seuil haut et du site Daikin Chemical soumis à autorisation, au titre de la réglementation ICPE.

Les 2 sociétés produisent des polymères fluorés et manipulent à ce titre des PFAS. 2 PFAS sont actuellement utilisés sur cette plate-forme (6:2 FTS, PFHxA) et d’autres PFAS ont été utilisés par le passé.

À noter que le 6:2 FTS, composé rejeté principalement par Arkema, ne figure pas directement parmi les 20 PFAS déterminant la future norme eau potable de 2026. Cependant il produit un effet indirect ; c’est un composé qui se dégrade en d’autres PFAS qui eux figurent dans cette norme (notamment PFHxA, PFPeA, PFBA et PFHpA).

Daikin a mis en service en 2017, de manière volontaire, une station visant à traiter 99 % des rejets du composé PFAS utilisé dans l’eau. Arkema a annoncé l’arrêt d’utilisation du principal composé PFAS utilisé à horizon 2024.

Ces sites industriels sont régulièrement contrôlés par l’inspection des installations classées pour la protection de l’environnement (au sein de la DREAL).

  • Le site d’Arkema, étant classé Seveso seuil haut, a été inspecté 11 fois en 2020 et 12 fois en 2021. Les inspections ont porté sur une grande diversité de points de contrôle, relevant à la fois des risques accidentels (études de dangers…) et des risques chroniques (pollutions).
  • Le site de Daikin a été inspecté deux fois en 2020.

Dans les milieux

L’enquête journalistique diffusée en mai 2022 révèle des taux élevés de certains PFAS dans les milieux (eau, air, sol) autour de la plateforme industrielle de Pierre-Bénite.

Elle attribue ces résultats aux rejets industriels.

Quelle est la lecture des services de l’État ?

Les services de l’État ne disposent pas des résultats et de la méthodologie détaillés de cette enquête sur les rejets, qui mérite d’être expertisée. C’est pourquoi la DREAL a pris plusieurs dispositions pour objectiver les analyses en termes de résultats, d’origines et de flux des pollutions (voir ci-après)


Dans le lait maternel

L’enquête a également analysé des échantillons de lait de femmes vivant sur l’agglomération lyonnaise et a mis en avant des taux élevés de PFAS.

Quelle est la lecture des services de l’État ?

Les résultats montrent des concentrations très variables pour ces femmes vivant sur l’agglomération lyonnaise, ce qui pourrait signifier qu’il existe des variabilités individuelles liées au régime alimentaire et/ou aux habitudes de vie. Les concentrations dans le lait maternel sont du même ordre de grandeur que celles retrouvées dans une étude française menée en 2011.

> Consultez l'étude de 2011 sur la présence de PFAS dans le lait maternel des femmes françaises

Recommandation sanitaire

L’allaitement reste bénéfique pour les nourrissons et est recommandé de façon exclusive jusqu’à 6 mois.


Dans l'eau de consommation

L’enquête journalistique a analysé la présence de PFAS dans l’eau de consommation. 7 échantillons d’eau ont été analysés, dont 2 en secteurs « témoin », les 5 autres étant répartis sur des communes alimentées par deux champs captants* (Grigny, Ternay) situés de part et d’autre du Rhône en aval de Pierre-Bénite.

Quelle est la lecture des services de l’État ?

La commune de Pierre-Bénite n’est pas alimentée par ces deux champs captants (Grigny, Ternay) mais par celui de Crépieux-Charmy en amont de Lyon. Ses habitants ne sont pas concernés par les résultats de l’enquête sur l’eau de consommation.

Les champs captants de Grigny et Ternay n’utilisent pas directement l’eau du fleuve mais disposent de forages exploitant la nappe alluviale du Rhône.

Sur ces champs captants, les résultats issus de l’enquête journalistique mettent en évidence des concentrations, pour la somme de 20 PFAS, supérieures à 0,1 µg/L qui correspond à la valeur limite définie par la récente directive européenne qui entrera en vigueur en France en 2026 :

  • autour de 0,23 µg/L sur le secteur alimenté par les captages de Ternay ;
  • autour de 0,12 µg/L sur le secteur alimenté par les captages de Grigny.

Pour les 4 PFAS que l’EFSA a considéré comme devant faire l’objet d’une attention particulière (PFOA, PFNA, PFHxS, PFOS) les concentrations sont toutes bien inférieures à 0,1 µg/L (un maximum de 0,039 µg/L a été relevé pour la somme de ces 4 PFAS).

Recommandation sanitaire

L’ARS ne recommande pas de restriction de la consommation de l’eau issue des champs captant de Grigny et Ternay. Elle va mettre en œuvre une surveillance des PFAS dans l’eau brute, traitée et distribuée, dès 2022 et sans attendre l’évolution réglementaire de 2026.

Les services de l’État, en application du principe de précaution, ont pris au sérieux les alertes sur les taux de PFAS et les inquiétudes de la population.

La surveillance et la réduction des rejets industriels

Bien que les rejets des trois perfluorés utilisés par Arkema et Daikin ne soient pas réglementés à ce jour, ils ont été placés sous surveillance depuis le printemps 2022.

L’inspection des installations classées de la DREAL, avec l’appui de laboratoires agréés, a réalisé plusieurs contrôles ponctuels dès qu’elle a eu connaissance des alertes formulées par l’enquête journalistique :

  • contrôles inopinés des points de rejets d’Arkema le 23/03/22 et le 28/04/22 ;
  • contrôle des eaux du Rhône et du canal usinier le 05/05/22 ;
  • contrôle inopiné des rejets de Daikin le 18/05/22.

Pour aller au-delà des résultats de contrôles ponctuels, le Préfet de région a signé le 20 mai 2022 deux arrêtés prescrivant une surveillance renforcée des PFAS dans les process des usines Arkema et Daikin et leurs rejets liquides. Depuis le 1er juin 2022, les rejets sont analysés quotidiennement et les bilans sont transmis périodiquement à l’inspection des installations classées. Cette surveillance renforcée doit permettre de mieux comprendre les concentrations et les flux de substances et donc de mieux lutter contre les contaminations.

Les analyses quotidiennes sur un mois permettent d’obtenir des résultats plus représentatifs des rejets des sites en mode de fonctionnement courant des industriels que les contrôles inopinés réalisés par la DREAL au printemps ou que le prélèvement ponctuel réalisé par l’enquête journalistique. Des variations importantes peuvent en effet être constatées d’un jour à l’autre selon les modes de production.

La surveillance journalière montre pour l’heure :

  • la détection dans les rejets des sites des PFAS utilisés dans les process (PFHxA pour Daikin et 6:2 FTS pour Arkema) ;
  • des teneurs relativement homogènes et modérées en PFHxA dans le rejet de Daikin, et des quantités totales de PFAS très faibles rejetées dans le milieu, qui peuvent s’expliquer par une station de traitement des effluents performante sur le site ;
  • des teneurs hétérogènes et élevées en 6:2 FTS dans le rejet d’Arkema ;
  • une pollution des eaux souterraines sous la plateforme, avec ces composés PFHxA et 6:2 FTS actuellement utilisés, mais également en PFOA, PFNA et PFUnDA (utilisés par le passé). D’autres composés sont aussi détectés alors qu’ils n’ont pas été utilisés sur le site en l’état actuel des connaissances.

Au regard de ces résultats :

  • un arrêté préfectoral complémentaire concernant Daikin a été pris le 13 septembre 2022. Celui-ci allège la fréquence de surveillance des eaux d’alimentation du process. La surveillance quotidienne des rejets aqueux est maintenue.
  • un arrêté préfectoral complémentaire concernant Arkema sera pris d’ici fin septembre. Il prévoit notamment une étude de réduction des rejets aqueux du PFAS utilisé, jusqu’à la cessation de l’utilisation de toutes substances PFAS.

Me renseigner :

Consultez les arrêtés préfectoraux de surveillance de la plate-forme industrielle de Pierre-Bénite :

Arrêté complémentaire : 

Résultats disponibles (mise à jour : 14 septembre 2022)

Campagnes de juin et juillet 2022 : ces deux documents présentent les valeurs moyennes mesurées par les industriels dans leurs rejets en juin et juillet. Ils seront complétés en fil de l’eau avec les mesures des mois suivants.

Comparaison des premiers contrôles : ce document établit la synthèse en juillet 2022 de l’analyse des rejets industriels avec : les valeurs de l’enquête journalistique, les valeurs trouvées lors des contrôles ponctuels par l’inspection des installations classées, les valeurs moyennes relevées par les industriels sur le mois de juin 2022. La concentration de PFAS dans les eaux souterraines d’entrées de process a aussi été mesurée.  

 

La surveillance de l'environnement par les industriels

Le Préfet du Rhône a signé le 1er juillet 2022 deux arrêtés prescrivant un programme de mesures dans l'environnement, par les exploitants des usines Arkema et Daikin.
Conformément au délai prescrit, ils ont proposé à la DREAL un programme de surveillance mutualisé des PFAS sur et autour de la plate-forme industrielle, au niveau du sol, des végétaux, de l'air ambiant, des eaux souterraines amont.
Tous les usages sensibles dans un rayon de 1 km autour de la plate-forme ont été recensés et des points témoins ont été définis. Une mesure des émissions atmosphériques et un bilan des flux doivent aussi être établis. La DREAL a demandé certains compléments et précisions quant à ce protocole, qui a été définitivement validé en août 2022. Les mesures seront réalisées en septembre 2022.

Consultez les arrêtés préfectoraux de surveillance de la plate-forme industrielle de Pierre-Bénite :

Résultats

Les premiers résultats seront publiés à l'automne 2022.

La surveillance des PFAS dans l’eau d’alimentation

L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes anticipe la mise en œuvre de la directive européenne, qui prévoyait une évolution des analyses sanitaires d’ici 2026. Elle surveille, avec une première campagne en juillet 2022, les PFAS dans l’eau d’alimentation issue des champs captants de la nappe alluviale du Rhône en aval de Pierre Bénite et jusqu'au Péage du Roussillon et de la nappe alluviale de Garon.


Résultats

Les premières analyses du contrôle sanitaire mis en œuvre par l’Agence régionale de santé ont été réalisées la première semaine de juillet 2022. 

Pour chaque champ captant, une analyse a été réalisée sur l’eau brute, l’eau traitée et l’eau distribuée (c’est-à-dire au robinet). 

Pour rappel, la future norme eau potable qui sera appliquée en France en 2026 imposera que l’eau distribuée respecte une valeur plafond de 0,1 µg/L pour la somme de 20 PFAS.

En synthèse : 

  • Champ captant de Ternay : la somme des 20 PFAS dans l’eau distribuée est supérieure à 0,1 µg/L (valeurs entre 0,14 et 0,15 µg/L)
  • Champ captant de Grigny : la somme des 20 PFAS dans l’eau distribuée est inférieure à 0,1 µg/L (valeur de 0,068 µg/L)
  • Champ captant d’Ampuis : la somme des 20 PFAS dans l’eau distribuée est inférieure à 0,1 µg/L  (valeur de 0,045 µg/L)
  • Champ captant de Condrieu : la somme des 20 PFAS dans l’eau distribuée est inférieure à 0,1 µg/L (valeur de 0,043 µg/L)
  • Champ captant de Garon Millery : la somme des 20 PFAS dans l’eau distribuée est inférieure à 0,1 µg/L  (valeur de 0,083 µg/L)
  • Champ captant de Garon Brignais : la somme des 20 PFAS dans l’eau distribuée est supérieure à 0,1 µg/L  (valeur de 0,104 µg/L)

Les résultats détaillés sont accessibles sur le site du ministère chargé de la santé - Qualité de l'eau potable
 

La surveillance des PFAS dans les milieux aquatiques

Les acteurs du comité du bassin Rhône-Méditerranée, dont la DREAL, se sont mis en ordre de marche pour décliner dès l'été 2022 le nouvel arrêté ministériel qui élargit la surveillance des eaux, intégrant une surveillance renforcée de composés PFAS. L'arrêté Programme de surveillance du bassin Rhône-Méditerranée 2022-2027 a ainsi été signé le 1er juillet 2022 par le Préfet coordonnateur de bassin, après une approbation par le bureau du comité de bassin le 24 juin.

Par ailleurs, la DREAL a établi une cartographie de la présence de PFAS du secteur de la plate-forme de Pierre-Bénite et du secteur des captages de Grigny-Ternay. Les analyses portent sur les eaux superficielles (7 points de prélèvement), les eaux souterraines (11 points de prélèvement), les stations d'épuration de Pierre-Bénite et Saint-Fons (entrée station et rejet station).

Un plan d’échantillonnage a été validé avec l'appui du BRGM. 

Les prélèvements ont été réalisés en juillet 2022 et les résultats ont été reçus en août.

Résultats

Les premières analyses sont les suivantes (une interprétation plus fine est en cours avec l’appui du BRGM) :

  • pour les eaux superficielles : la pollution constatée est faible. Seul un PFAS est détecté (le composé 6:2 FTS, utilisé par Arkema) en deux points de mesures, dans le canal de fuite au niveau de Solaize (0,25 µg/L ) et dans le Rhône au niveau de Ternay (0,28 µg/L).
  • pour les eaux souterraines : la pollution apparaît plus significative et assez hétérogène. 80 % des mesures sont très faibles puisqu’elles se situent sous les seuils de détection. Néanmoins le composé 6:2 FTS (utilisé par Arkema) est détecté sur une grande partie de la zone d’étude (3,9 µg/L au point 2 ; 0,31 au point 4 ; 0,04 au point 6). D’autres PFAS sont également détectés en plusieurs points. Enfin, le composé 6:2 FTAB, contenu dans certaines mousses anti-incendies, est également mesuré à des concentrations significatives dans la nappe d’eaux souterraines au droit du Port de Lyon Edouard Herriot (un lien avec l’accident de 1987 est une hypothèse envisagée). 
  • en entrée et sortie des stations d’épuration : seul le composé 6:2 FTAB (contenu dans des mousses anti-incendies) a été détecté (1,4 µg/L – 0,73 µg/L en entrée-sortie de la station de Pierre-Bénite ; 0,35 µg/L-0,27 µg/L en entrée-sortie de la station de Saint-Fons). La station de Pierre-Bénite a plutôt un rôle d’abattement de la pollution.

La surveillance des PFAS dans les poissons

La DREAL et l’Office français de la biodiversité (OFB), en lien avec les acteurs professionnels de la pêche et la fédération de pêche du Rhône, procèdent à des opérations de contrôle depuis fin juin.
5 stations de pêche ont été définies, en amont, au niveau et en aval de la plate-forme industrielle de Pierre-Bénite. Plusieurs lots de poissons ont déjà été prélevés, en ciblant les plus sensibles aux accumulations de PFAS. L
es analyses sont menées depuis début septembre, avec le soutien de l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée.

Résultats

Les résultats des analyses seront publiés en octobre 2022.

L’amélioration des connaissances

Les services du ministère de la transition écologique, en lien avec les services du ministère des Solidarités et de la Santé et plus particulièrement l'ANSES, se sont rapprochés pour engager un travail plus général sur les pollutions liées aux PFAS. Cette étude devra permettre de préciser l'état des lieux, de mieux comprendre ces polluants émergents et de combattre les pollutions.

Par ailleurs, la DREAL a sollicité l'expertise de l'INERIS pour établir des valeurs toxicologiques de référence sur les polluants analysés. Cela permettra d'exploiter les résultats des analyses des prélèvements, afin d'apprécier le niveau de pollution et les incidences sur la santé.

Le dialogue avec les acteurs locaux

La secrétaire générale de la préfecture du Rhône, la DREAL et l'ARS ont monté un comité de suivi avec les élus des communes longeant le Rhône situées à l'aval de Pierre Bénite.
C'est une instance de dialogue et de partage des connaissances. Des actions communes pourront aussi être coordonnées grâce à ce comité.
Le comité s'est déjà réuni le 8 juillet et le 18 août 2022.

Aller plus loin

*Champ captant

Un champ captant est en France un territoire regroupant un ou plusieurs ouvrages permettant de capter de l'eau potable souterraine, dans une même nappe phréatique.