Pollution atmosphérique : ce qu’il faut savoir
La pollution atmosphérique est un mélange complexe, en évolution constante, de divers polluants chimiques, biologiques ou physiques pouvant être toxiques pour l’homme et nuisibles à l’environnement. La qualité de l’air reste le déterminant environnemental de la santé le plus impactant en termes de santé publique, avec en France 30 000 décès par an pour une exposition à long terme, et des milliers de pathologies respiratoires et cardiaques (asthme, pathologies cardiovasculaires, AVC…).
La région Auvergne-Rhône-Alpes, avec une population de plus de 8,1 millions d'habitants, est particulièrement concernée par la pollution de l'air. La région présente des particularités topographiques (vallées, montagnes), des grandes métropoles, des bassins industriels (vallées du Rhône, de la Maurienne et de l’Arve) et axes routiers majeurs (A7, tunnels alpins) qui favorisent la pollution de l’air et l’apparition de pics de pollution. Les taux de particules PM2.5 et NO2 (oxyde d’azote) ont dépassé en 2023 les recommandations OMS respectivement pour 98% et 51% de la population régionale. On estime que la pollution atmosphérique est à l’origine de 4 299 décès anticipés chaque année en Auvergne-Rhône-Alpes (évaluation 2021).
Les différents polluants atmosphériques
La pollution de l’air résulte de la présence de divers polluants classés selon leur nature. Ils peuvent être d’origine chimique, physique (particules) ou biologique. Ils peuvent être “primaires” car directement rejetés dans l’atmosphère par des sources naturelles ou liées aux activités humaines, ou être “secondaires” car formés dans l’atmosphère à la suite de réactions chimiques entre des polluants primaires, souvent sous l’effet du rayonnement solaire ou de l’humidité.
Tous les secteurs d’activités humaines (transports, résidentiel avec le chauffage notamment, agriculture et industrie) contribuent à l’émission de ces polluants dans l’air en Auvergne-Rhône-Alpes :
- 54% des particules PM10 sont liées au chauffage domestique individuel
- 64% des oxydes d’azote (NOx) sont émis par les transports
- 85% du dioxyde de soufre (SO₂) est issu de l’industrie, de l’énergie et des déchets
Chacun d'entre eux a des origines différentes et des impacts spécifiques sur la santé et l’environnement. Trois polluants sont particulièrement problématiques en raison du dépassement récurrent des normes de qualité de l’air en région et font l’objet d’une surveillance renforcée. : les oxydes d’azote, les particules fines et l’ozone.
| Polluant | Description | Typologie |
|---|---|---|
| Dioxyde d’azote (NO₂) | Émis par les combustions fossiles, les procédés industriels (fabrication d’engrais, traitement de surface), le transport routier et les feux de forêt, ce gaz très toxique pénètre profondément dans les poumons. Il accroit la fréquence et la gravité des crises d'asthme, et contribue aux infections pulmonaires chez l'enfant. Également les oxydes d'azote (NOx) sont précurseurs de la formation d'ozone (O₃). | polluant primaire et secondaire |
| Dioxyde de soufre (SO₂) | Provoqué par la combustion de combustibles fossiles riches en soufre (charbon, fioul, gazole), le SO₂ provient du chauffage individuel et collectif, des véhicules diesel, des centrales thermiques, des installations industrielles, de certaines sources naturelles (éruptions volcaniques, feux de forêts). C’est un irritant des muqueuses, de la peau et des voies respiratoires supérieures. Ces effets peuvent être majorés par d’autres substances comme les particules fines et le tabagisme. | polluant primaire |
| Ozone (O₃) | L’ozone est un gaz formé par des réactions chimiques entre les oxydes d’azote (NOx) et des hydrocarbures sous l’effet des rayonnements UV du soleil. Les effets sur la santé de ce gaz agressif sont : la toux, l'altération pulmonaire et des irritations oculaires. | polluant secondaire |
| Composés organiques volatils (COV) | Ces substances chimiques, utilisées dans la fabrication de nombreux produits et matériaux présents chez soi ou en milieu professionnel (solvants, peintures, colles, panneaux de particules, produits de jardinage, produits ménagers, déodorants, etc) regroupent une large gamme de composés comme le benzène, le formaldéhyde ou le toluène et participent à la formation de l’ozone. Les COV sont des irritants pour les voies respiratoires et les yeux. Certains d’entre eux, comme le benzène, sont cancérigènes. | polluants primaires |
| Ammoniac (NH₃) | Essentiellement émis par les activités agricoles, l’ammoniac est un polluant gazeux qui se forme notamment lors des épandages d’engrais azotés. À de fortes concentrations, notamment dans un espace fermé, il est très irritant pour le système respiratoire, la peau et les yeux et peut entraîner des œdèmes pulmonaires. L’ammoniac peut également se combiner avec le dioxyde d’azote (NO2) et le dioxyde de soufre (SO2) pour former par réaction chimique des particules de nitrate et de sulfate d’ammonium. Ces particules sont nocives, notamment pour la santé respiratoire et cardiovasculaire. | polluant secondaire |
| Métaux lourds | Plomb, nickel, cadmium et arsenic sont des exemples de métaux lourds présents dans l’air en raison des activités industrielles et de la combustion des combustibles fossiles (charbon, pétrole). Ces éléments sont toxiques et s’accumulent dans l’organisme, provoquant des effets sur le système nerveux, les fonctions rénales, hépatiques, respiratoires et digestives. Certains éléments métalliques (nickel notamment) sont reconnus cancérogènes. | polluants primaires |
| Monoxyde de carbone (CO) | Issu de la combustion incomplète des carburants fossiles (notamment gaz d’échappement) et du bois, il est dangereux à forte concentration et peut être mortel, bien que rarement présent à des niveaux alarmants en extérieur. (renvoi page monoxyde prévention air intérieur) | polluant primaire |
| Polluant | Description | Typologie |
|---|---|---|
| Particules PM2.5 | Les particules PM2.5 correspondent aux particules dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres (≤ 2,5µm) et peuvent être d'origine naturelle ou humaine. Elles sont issues principalement du résidentiel tertiaire (chauffage au bois), des activités industrielles et agricoles, et des transports. Plus les particules sont fines, plus elles pénètrent profondément dans le système respiratoire. Elles peuvent irriter et altérer la fonction respiratoire. Certaines particules peuvent avoir des effets mutagènes et cancérigènes du fait de leur capacité à adsorber des polluants et les métaux lourds. | polluant primaire et secondaire |
| Particules PM10 | Issues des transports, de l’usure des routes, de l’industrie, de l’agriculture et du chauffage au bois, les PM10 correspondent à des particules d’un diamètre inférieur à 10 micromètres (≤ 10 µm). Elles peuvent irriter et altérer la fonction respiratoire. Certaines particules peuvent avoir des effets mutagènes et cancérigènes du fait de leur capacité à adsorber des polluants et les métaux lourds. | polluant primaire et secondaire |
Poussières sahariennes, cendres volcaniques ou pollens, bien que ponctuels, ces éléments peuvent aggraver les épisodes de pollution en augmentant la charge globale de particules dans l’air :
- Sable et poussières désertiques : transportés par le vent, ces particules minérales contribuent aux épisodes de pollution, notamment dans les régions proches des déserts.
- Fumées d’incendies de forêt : les incendies libèrent des particules fines, du monoxyde de carbone, des COV et d’autres substances toxiques.
- Pollens et spores : Bien qu’elles soient d’origine naturelle, ces particules peuvent également aggraver les troubles respiratoires, notamment chez les personnes allergiques durant les pics polliniques.
- Cendres volcaniques : libérées lors des éruptions, elles peuvent se propager sur de vastes zones et affecter la qualité de l’air.
Pollution atmosphérique : quels sont les risques pour la santé selon les publics ?
Les polluants que nous respirons dans l’air extérieur peuvent avoir des effets variés sur la santé, allant de troubles mineurs à des complications graves. Ces risques dépendent de la nature des polluants (gaz, particules, etc.), de leur concentration, de la durée d'exposition et de la dose inhalée, des caractéristiques individuelles (âge, sexe), des modes de vie (tabagisme...) et de l’état de santé.
Certaines populations, notamment les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes, et celles souffrant de pathologies chroniques comme l’asthme, sont particulièrement vulnérables.
Ces effets indésirables peuvent être ressentis immédiatement ou à plus long terme.
La pollution atmosphérique est un facteur aggravant des maladies respiratoires et peut en être une cause directe. Les particules fines (PM10 et PM2.5) ainsi que les gaz irritants (NO₂, SO₂, ozone) pénètrent dans les voies respiratoires, entraînant à court et long terme :
- Irritations et inflammations : Les polluants irritent les muqueuses des voies respiratoires, provoquant toux, gêne respiratoire et douleurs thoraciques.
- Aggravation des maladies chroniques : Les asthmatiques et les personnes souffrant de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) sont plus susceptibles de subir des crises fréquentes et intenses.
- Infections respiratoires : La pollution affaiblit le système immunitaire des poumons, augmentant le risque d’infections bactériennes ou virales.
- Cancer : Les particules fines (PM2.5) et certains composés organiques volatils (COV), tels que le benzène, sont classés cancérigènes et augmentent notamment le risque de cancer du poumon.
- Effets sur les enfants : L’exposition prolongée peut perturber le développement pulmonaire des enfants, limitant leur capacité respiratoire à l’âge adulte.
La pollution atmosphérique affecte le système cardiovasculaire, notamment par le biais des particules fines, qui pénètrent dans la circulation sanguine et déclenchent des réactions inflammatoires. Les conséquences sont :
Risque accru de maladies cardiovasculaires : Hypertension, infarctus du myocarde et accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont directement liés à l’exposition prolongée à la pollution.
Effets sur les rythmes cardiaques : Les polluants peuvent perturber la régulation cardiaque, augmentant le risque d’arythmies.
Complications chez les personnes sensibles : Les patients atteints de maladies cardiaques préexistantes sont plus susceptibles de développer des complications graves, parfois fatales.
Les polluants atmosphériques, en particulier les particules ultrafines et certains composés organiques volatils (COV), sont associés à des effets neurotoxiques. Les impacts sont :
Développement cognitif chez les enfants : L’exposition précoce à la pollution peut entraîner des retards dans le développement cognitif et des troubles de l’apprentissage.
Maladies neurodégénératives : Chez les adultes, une exposition prolongée est liée à un risque accru de développer des maladies comme Alzheimer et Parkinson.
Effets sur le bien-être : Les polluants peuvent provoquer des maux de tête, des troubles du sommeil et une fatigue chronique.
La pollution atmosphérique a des conséquences directes sur les femmes enceintes et leurs bébés :
Risques pendant la grossesse : L’exposition peut entraîner un retard de croissance intra-utérin, un faible poids de naissance ou des naissances prématurées.
Développement fœtal : Certains polluants, comme les particules fines et les composés organiques volatils (COV), traversent la barrière placentaire, perturbant le développement des organes du fœtus.
Risques pour la mère : L’exposition prolongée peut aggraver les complications liées à la grossesse, comme l’hypertension et les troubles cardiovasculaires.
La pollution atmosphérique est également associée à des effets sur la santé mentale :
Anxiété et stress : L’exposition continue à une mauvaise qualité de l’air peut augmenter les niveaux de stress et d’anxiété, notamment en raison des préoccupations liées à la santé.
Fatigue chronique : Les troubles respiratoires et cardiaques associés à la pollution peuvent provoquer une fatigue persistante.
Qualité de vie réduite : Les épisodes fréquents de pollution limitent les activités quotidiennes, en particulier pour les populations les plus sensibles.
Pollution atmosphérique : conseils à appliquer pour se protéger et protéger les plus fragiles
L'impact sanitaire lié à l'exposition chronique de tous les jours est plus important que l'impact sanitaire lié aux seuls épisodes de pollution. Ainsi il importe plus d'agir au quotidien sur la pollution de fond, notamment particulaire, qu'uniquement lors des épisodes de pollution en adoptant des mesures préventives pour réduire son exposition aux polluants et l’émission de ces derniers dans l’air. Toute réduction des émissions de polluants atmosphériques aura un bénéfice sur la santé.
S’informer pour agir au mieux pour sa santé
- S’informer sur la qualité de l’air en Auvergne-Rhône-Alpes en consultant l’indice de qualité de l’air de votre commune
- Suivre les recommandations sanitaires en cas de pic de pollution établies par le ministère chargé de la santé.
- Prendre connaissance des règles spécifiques à respecter dans le bassin d’air (plan de protection de l’atmosphère) où on réside ou des mesures à appliquer en cas de pic de pollution (diminution du chauffage, de la vitesse, restriction de circulation, etc.)
Se chauffer plus sobrement
- Améliorer l’isolation de son logement permet de moins chauffer durant les périodes hivernales et donc limiter l’émission de particules fines.
- Choisir un appareil de chauffage performant et labellisé Flamme verte (foyers fermés, inserts, poêles, cuisinières et chaudières domestique fonctionnant au bois, à la bûche, à la plaquette forestière ou aux granulés de bois). A la clé, une réduction des émissions et d’importantes économies pour se chauffer.
- Faire entretenir son appareil de chauffage bois ou fioul (chaudière, poêle...) au minimum chaque année avant la période de chauffe.
Se déplacer autrement
- Privilégier la marche, le vélo et les transports en commun pour ses déplacements quotidiens.
- Préférer le co-voiturage.
- Pratiquer l’éco-conduite (vitesse souple et réduite, usage modéré de la climatisation).
- Entretenir son véhicule et vérifier régulièrement la pression des pneus.
- Acheter un véhicule faiblement émetteur et l’identifier grâce à la vignette Crit’Air. Cette vignette vous permet de circuler dans les zones à faibles émissions mobilité (ZFE-m) définies par les collectivités ou pour circuler en cas de restrictions mises en place lors d’épisodes de pollution.
Le saviez-vous ?
Les automobilistes, situés au cœur du trafic, sont plus exposés que les personnes se déplaçant à proximité, à pied ou à vélo. En effet, l’air qui pénètre dans l’habitacle est particulièrement pollué et à tendance à s’y accumuler.
Valoriser ses déchets verts
Il est interdit de brûler les déchets verts à l’air libre. Pour s’en débarrasser, plusieurs solutions existent :
- pour les déchets organiques, de tonte ou d’entretien : le compostage, le paillage, la tonte mulching (l’herbe est broyée sur place par la tondeuse)
- pour les déchets encombrants : collecte sélective en porte-à-porte ou dépôt en déchetterie



