La stratégie de transformation de l’offre médico-sociale en Auvergne-Rhône-Alpes

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L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes est engagée pour la transformation de l’offre médico-sociale pour les personnes en situation de handicap, avec une priorité donnée au secteur de l’enfance. L’objectif est d’évoluer vers une offre de services coordonnés, plus territorialisée et modulable, afin d’adapter les accompagnements aux besoins et aux choix de vie des personnes.

Les constats et enjeux de la transformation de l’offre médico-sociale en Auvergne-Rhône-Alpes

Une dynamique nationale qui appelle une évolution des organisations

Depuis la loi du 11 février 2005 et la ratification par la France de la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées (CIDPH), l’autodétermination, la participation sociale et l’accès à une société inclusive constituent des droits pour les personnes en situation de handicap. Cela implique la possibilité de choisir son projet de vie et de bénéficier d’un accompagnement adapté, au plus près de son lieu de vie.

Le rapport Piveteau (2014) a posé le principe du « zéro sans solution », avec l’objectif qu’aucune personne ne reste sans réponse adaptée à ses besoins. La démarche « Réponse accompagnée pour tous » (RAPT) a ensuite renforcé la coordination des acteurs pour prévenir les ruptures de parcours. Plus récemment, les travaux de l’IGAS ont confirmé la nécessité d’accélérer l’évolution du modèle médico-social afin de mieux répondre aux attentes des personnes et de leurs proches.

Lors du COPIL national du 27 novembre 2025, le ministère de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées a réaffirmé une orientation claire : évoluer vers une offre de services coordonnés, territorialisée et modulable, permettant d’adapter les accompagnements dans le temps, sans rupture, en fonction des besoins et des choix de vie des personnes.

Un engagement de longue date dans les démarches inclusives au niveau régional

L’Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes s’inscrit depuis plusieurs années dans cette dynamique. Elle a notamment appuyé le déploiement du fonctionnement en dispositif intégré, soutenu les démarches inclusives en appui de la scolarisation en milieu ordinaire (Service d'éducation spécialisée et de soins à domicile - SESSAD, Pôle de compétences et de prestations externalisées - PCPE, Équipes mobiles d'appui à la scolarisation - EMAS, Pôle d'appui à la scolarité - PAS) et structuré des coopérations renforcées avec l’Éducation nationale et les acteurs des territoires.

Elle doit aujourd’hui répondre à plusieurs enjeux :

  • des besoins croissants, notamment dans le champ de l’enfance ;
  • des tensions sur certaines modalités d’accueil (IME, SESSAD) ;
  • des disparités territoriales en matière de taux d’équipement ;
  • la nécessité d’améliorer la lisibilité de l’offre pour les familles et d’adapter aux besoins des partenaires.

La transformation engagée vise à apporter des réponses structurées et concertées à ces enjeux.
 

La stratégie régionale portée par l’Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes

Tenant compte des évolutions nationales, des attentes des personnes concernées et des enseignements issus des travaux régionaux, l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes structure sa stratégie autour de trois objectifs prioritaires.

  1. Généraliser le fonctionnement en dispositif intégré dans l’ensemble des ESMS enfants d’ici à 2027 
    L’ARS engage une transformation progressive des organisations vers un fonctionnement en dispositif intégré, permettant de proposer une offre de services coordonnés, modulable et sans rupture. Cette évolution vise à mieux articuler les différentes modalités d’accompagnement, à fluidifier les parcours et à adapter les réponses aux besoins évolutifs des enfants et des jeunes. Elle s’appuie notamment sur l’accompagnement des organismes gestionnaires, l’adaptation des cadres d’autorisation et de financement, ainsi que sur la capitalisation des retours d’expérience régionaux. 
    À terme, cette dynamique a vocation à être étendue au secteur adulte, avec l’objectif de structurer une offre de services coordonnés à l’horizon 2030.
  2. Améliorer la couverture des besoins et des attentes des personnes concernées et de leurs proches
    La stratégie régionale vise à mieux répondre aux besoins, en tenant compte des attentes exprimées par les personnes concernées et leur entourage. 
    Dans cette perspective, l’ARS veille à promouvoir l’autodétermination des personnes et à renforcer leur participation effective, ainsi que celle de leurs proches, à la conception et à la mise en œuvre des réponses proposées. Cette dynamique vise à intégrer pleinement le savoir expérientiel dans les politiques publiques, dans une logique de co-construction, afin de garantir des réponses plus adaptées, plus lisibles et mieux ancrées dans les réalités des parcours. 
    Cela implique aussi de réduire les tensions sur l’offre, de limiter les listes d’attente et d’apporter des réponses adaptées aux situations complexes. L’enjeu est également de renforcer la lisibilité de l’offre et de garantir un accès plus équitable aux accompagnements sur l’ensemble du territoire, en développant des solutions diversifiées et en s’appuyant sur les ressources du droit commun.
  3. Définir une trajectoire de responsabilité territoriale populationnelle partagée entre les acteurs
    L’ARS promeut une organisation territoriale fondée sur une responsabilité populationnelle partagée entre les acteurs médico-sociaux, sanitaires, éducatifs et sociaux. Cette approche vise à structurer des coopérations renforcées à l’échelle des territoires, à clarifier les rôles et les périmètres d’intervention, et à garantir une réponse coordonnée aux besoins des populations. Elle repose sur une dynamique de co-construction avec l’ensemble des partenaires, incluant les personnes concernées, et sur la mise en place de cadres communs favorisant la coopération et la continuité des parcours.

Les moyens mobilisés pour accélérer la mise en œuvre de la transformation de l’offre médico-sociale

Pour accélérer cette dynamique, l’ARS s’appuie sur trois leviers complémentaires :

  • le recours au Centre régional d'études d'actions et d'informations (CREAI), financé par le Fonds d’intervention régional (FIR), pour conduire des études et des appuis ciblés (Dispositif intégré médico-éducatif (DIME), polyhandicap, Creton, ASE-handicap, Personnes handicapées vieillissantes (PHV), école inclusive…) ;
  • la déclinaison du plan national "50 000 solutions", qui prévoit le déploiement de plus de 6 000 solutions nouvelles en Auvergne-Rhône-Alpes d’ici à 2030 ;
  • le fonds d’appui à la transformation, comprenant :
    • Un renfort en moyens de l’ARS avec trois chargés de projets dédiés à la transformation de l’offre ;
    • Une enveloppe de 1,2 M € permettant de financer des études, des outils et un accompagnement des acteurs.

Une démarche d’accompagnement prioritairement engagée sur le secteur de l’enfance

La transformation fait l’objet d’un accompagnement structuré, engagé en priorité sur le secteur de l’enfance et des jeunes adultes, en cohérence avec la généralisation nationale du fonctionnement en dispositif intégré d’ici 2027.

La démarche prévoit la définition de la trajectoire régionale pour le champ enfant, l’élaboration des plans d’actions territoriaux et le soutien des évolutions organisationnelles et des pratiques professionnelles. Elle comprend des états des lieux territoriaux, l’identification de scénarios d’organisation et la formalisation de feuilles de route départementales.

La gouvernance s’organise à deux niveaux complémentaires :

  • un comité de pilotage régional ;
  • des comités départementaux permettant d’adapter les orientations régionales aux réalités locales et de construire des plans d’actions opérationnels, au plus près des besoins des enfants et de leurs familles.

Sont ainsi associés à cette dynamique :

  • les acteurs institutionnels : ARS, Conseils départementaux (dont les services de la protection de l’enfance), MDPH, services de l’Éducation nationale, DRAAF, Direction régionale de la protection judiciaire de la jeunesse (DRPJJ), CAF, CPAM et organismes de protection sociale ;
  • les personnes concernées et leurs représentants ;
  • le secteur médico-social dont les fédérations et organismes gestionnaires ;
  • le secteur sanitaire ;
  • les acteurs de la coordination ;
  • les acteurs du milieu ordinaire et du droit commun ;
  • la CRSA et le CREAI.
Schéma des acteurs impliqués - cf description détaillée ci après

Acteurs impliqués

Acteurs institutionnels

ARS, Conseils départementaux (dont les services de la protection de l’enfance), MDPH, services de l’Éducation nationale, DRAAF, Direction régionale de la protection judiciaire de la jeunesse (DRPJJ), CAF, CPAM et organismes de protection sociale

Acteurs de la coordination

Dispositifs d'appui à la coordination (DAC), Communautés 360, PCPE

Personnes accompagnées

Conférence régionale de la santé et de l'autonomie (CRSA), Conseil départemental de la citoyenneté et de l’autonomie (CDCA), Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH), conseils de vie social, France Asso Santé, etc.

Secteur médico-social

Fédérations, organismes gestionnaires

Secteur sanitaire

Établissements de santé

Cette organisation garantit une transformation concertée, territorialisée et centrée sur les parcours et les besoins des personnes.

Un déploiement en trois étapes jusqu’en 2027

Le calendrier de mise en œuvre s’organise en plusieurs étapes progressives. Une première phase, de novembre 2025 à avril 2026, est consacrée à l’appui à la conduite du projet régional de transformation de l’offre, afin de poser les bases de la démarche et d’accompagner les acteurs dans sa structuration. 

Elle est suivie, de mars à décembre 2026, par l’élaboration des plans d’actions départementaux, construits en concertation avec les partenaires territoriaux et fondés sur des états des lieux précis des besoins. 

Enfin, à partir de 2027, débute la mise en œuvre des actions prioritaires identifiées dans ces plans, avec l’objectif de traduire concrètement les orientations définies.

Plan national "50 000 solutions"

Annoncé lors de la Conférence nationale du handicap (2023), le plan "50 000 solutions" vise à permettre à chaque personne en situation de handicap d’obtenir un accompagnement adapté, près de son lieu de vie, en privilégiant une logique de solutions (et pas uniquement la création de places). En Auvergne-Rhône-Alpes, il représente 134 M€ mobilisés entre 2024 et 2030 pour créer plus de 6 000 solutions nouvelles et transformer durablement l’offre médico-sociale.

Retour d’expérience sur les DITEP

Le déploiement du fonctionnement en dispositif intégré dans les ITEP constitue un point d’appui important pour la transformation de l’offre en région. Le bilan régional publié par l’ARS met en évidence plusieurs apports du DITEP : une meilleure prise en compte des choix des personnes concernées, une plus grande modularité des parcours, une hausse de la scolarisation en milieu ordinaire et une coopération renforcée entre les acteurs. Ce retour d’expérience nourrit les travaux régionaux en objectivant à la fois les bénéfices du fonctionnement en dispositif intégré et les conditions à réunir pour en poursuivre le déploiement.

Les Dispositifs intégrés médico-éducatifs (DIME)

Dans le cadre de la transformation de l’offre, l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes a confié au CREAI une étude sur les DIME afin d’analyser la mise en œuvre du fonctionnement en dispositif intégré et ses effets sur les parcours des enfants et des jeunes. Cette démarche permet d’identifier les leviers, les points de vigilance et les conditions de réussite, afin d’accompagner la généralisation progressive de ces organisations dans la région.

Les Équipes mobiles d’appui à la scolarisation (EMAS)

Les EMAS, déployées en Auvergne-Rhône-Alpes dans le cadre de la convention école inclusive, illustrent le développement de modalités d’intervention plus souples, plus partenariales et davantage tournées vers l’appui au droit commun. L’enquête régionale conduite par l’ARS montre que ces équipes s’inscrivent dans une logique de soutien à la communauté éducative, en mobilisant l’expertise des ESMS au service de la sécurisation des parcours scolaires. Cette étude vient ainsi éclairer les conditions de développement d’une offre davantage externalisée, coordonnée et territorialisée.

Les Pôles d’appui à la scolarité (PAS)

Co-portés avec chaque académie, les PAS constituent un point d’entrée pour les élèves ayant des besoins éducatifs particuliers, afin de mieux organiser l’appui et la réponse en milieu scolaire, en articulation avec les ressources médico-sociales. Ils visent à renforcer la coordination entre les acteurs de l’Éducation nationale et du secteur médico-social, à faciliter l’accès à une réponse adaptée et à mobiliser, de manière plus lisible et réactive, les ressources existantes sur les territoires. Dans le cadre de la transformation de l’offre, ils participent au développement d’une logique d’appui au droit commun et à une meilleure continuité des parcours scolaires.

La Communication alternative et améliorée (CAA)

La CAA regroupe des outils et méthodes (pictogrammes, supports visuels, technologies vocales, gestes…) permettant aux personnes ayant des difficultés d’expression ou de compréhension d’accéder pleinement à la communication. Pour en faire un droit effectif, l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes déploie une mission régionale dédiée et des relais départementaux afin de sensibiliser, former et accompagner les professionnels et les familles. Cette démarche s’inscrit dans les orientations nationales qui prévoient la généralisation de la CAA dans les établissements et services médico-sociaux d’ici 2027.

Le Fonds d’accompagnement de la transformation des ESAT (FATESAT)

Le FATESAT 2025 permet de soutenir les ESAT dans l’évolution et la diversification de leurs activités, afin de renforcer les compétences et les parcours professionnels des travailleurs en situation de handicap. Doté d’une enveloppe régionale dédiée, ce fonds cofinance des projets d’investissement contribuant à la modernisation et à l’adaptation de l’offre, en cohérence avec les objectifs nationaux et régionaux de transformation.

Les Établissements et services de réadaptation professionnelle (ESRP)

Les ESRP participent à la transformation de l’offre en sécurisant les parcours vers la formation, la reconversion et l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap. En 2025, l’ARS, la Région et la FAGERH ont réaffirmé leur coopération à travers la signature d’une convention régionale, visant à renforcer la complémentarité des acteurs et la lisibilité des parcours. Ces dispositifs proposent des prestations d’évaluation, de conseil, de formation et d’accompagnement pluridimensionnel. À ce titre, ils constituent un levier important pour renforcer la continuité des parcours, notamment à l’interface entre accompagnement médico-social et accès à l’emploi.

Etude sur l’amendement Creton (2024-2026)

L’étude régionale consacrée à l’amendement Creton apporte un éclairage important sur les difficultés de transition entre le secteur enfant et le secteur adulte. Commanditée par l’ARS au CREAI et conduite sur quatre territoires, elle vise à analyser les besoins des jeunes et de leurs familles, à identifier les obstacles au passage vers les dispositifs adultes et à formuler des préconisations d’actions territoriales. Cette étude a été complétée par une mission d’appui à la mise en œuvre des préconisations, également conduite par le CREAI, visant à accompagner les acteurs dans leur déclinaison opérationnelle au sein des quatre territoires concernés (Métropole de Lyon, Loire, Puy-de-Dôme et Savoie). Dans le cadre de la transformation de l’offre, ces travaux alimentent la réflexion régionale sur la continuité des parcours, l’adaptation des réponses et la prévention des ruptures lors des changements d’âge ou de dispositif.

Le plan d'attractivité des métiers de l'autonomie

La transformation de l’offre ne peut se déployer sans un investissement structuré sur les ressources humaines. L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes a formalisé un plan d’attractivité des métiers du grand âge et de l’autonomie, qui inclut les secteurs accompagnant les personnes en situation de handicap. Ce plan met notamment l’accent sur la qualité de vie au travail, les pratiques managériales, la prévention des risques professionnels, le tutorat, la transmission des compétences et la valorisation de l’image des métiers. Il constitue un appui transversal pour accompagner les évolutions organisationnelles attendues dans les établissements et services médico-sociaux